Trois questions à Me Assane Dioma NDIAYE

Publié le par lsddh.org

doute_02.jpgLe coordonnateur de la Ligue sénégalaise des droits de l’homme revient, dans cet entretien, sur la situation des droits de l’homme au Sénégal, sur la question de l’homosexualité et l’affaire Habré.

 

Vous débattez aujourd’hui de l’effectivité de la Cour africaine des droits de l’homme alors qu’au Sénégal, les droits hu­mains sont de temps à autre violés. Est-ce que vous n’êtes pas en train de mettre la charrue avant les bœufs ?

 me assane dioma 03

Nous avons dit que notre grand obstacle quant à la défense des droits humains au Sénégal, c’est l’ab­sence de mécanismes juridictionnels. Nous savons que nous avons le cadre institutionnel, le Sénégal a ratifié toutes les conventions et malgré cela les violations sont là, les tortures sont là, les atteintes à la liberté de manifestation sont là, les dénis de justice sont là, l’impunité est là. Donc, il nous faut un organe habilité à statuer sur ces questions-là parce que le propre d’une Ong de défense des droits de l’homme, c’est d’empêcher que des violations se commettent et si toutefois elles se commettaient, de pouvoir les dénoncer par la saisine d’un organisme juridictionnel. Or, nous n’avons pas ces mécanismes au Sénégal. Nous appelons une nouvelle fois à une réforme rapide comme au Bénin où la Cour constitutionnelle, en dehors des missions traditionnelles en matière électorale, en matière de constitutionnalité est habilitée à statuer en matière de violation des droits humains. Donc, cela permettrait une meilleure effectivité des droits humains. Nous appelons aussi à une volonté politique pour une meilleure prise en charge de la question des droits humains.

 

La semaine dernière, il y a eu une énorme polémique sur la signature par le Sénégal de la Convention sur la dépénalisation de l’homosexualité. En tant que défenseur des droits hu­mains, quelle est votre position là-dessus ?

 

Nous avons été clairs sur cette question. Autant nous sommes con­tre les persécutions contre des ho­mosexuels ou des supposés homosexuels, nous pensons que personne n’a le droit de porter atteinte à la vie d’une personne sous prétexte de ses convictions personnelles. Autant nous disons que nous voulons une lecture africaine de la question de l’homosexualité. D’ail­leurs, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples a prévu aussi bien des droits et devoirs des citoyens, mais également des droits collectifs. C’est-à-dire que l’exercice d’un droit doit se faire dans le cadre de la collectivité. Aussi, l’exercice d’un droit ne doit pas nuire aux droits des autres. Nous sommes dans un pays à majorité de croyants, donc nous pensons que cette question mérite d’être étudiée, qu’il y ait un large débat national. C’est une question très sensible. Nous souhaitons qu’il y ait des réserves si jamais le Sénégal est amené à ratifier cette convention ou à signer une déclaration dans ce sens.

 

Sur l’affaire Habré, l’Etat et l’Union africaine ont prévu de mettre sur pied une Cour internationale ad hoc pour juger l’ancien Président tchadien, au Sé­négal. C’est un pari gagné pour vous avocats des victimes du régime de Habré ?

 

Non, je ne dirais pas que c’est un pari gagné mais nous sommes soulagés quand même. Parce qu’il y a quelques jours, la position du Sénégal était autre. Ceci n’est que la suite logique de l’arrêt de la Cour de justice de la Cédeao. Nous sommes en droite ligne de cet arrêt. Ce qu’il faut saluer, c’est l’opportunité qui est offerte á l’Afrique de créer un tribunal international ad hoc parce que toutes les juridictions ad hoc qui ont existé ont été créées par le Conseil de sécurité. Ceci dit, nous serons vigilants, nous n’allons pas dormir sur nos lauriers parce que nous avons tellement subi de revers dans l’affaire Habré.

 

 Source : Le Quotidien (SN)

 


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Publié dans Droits humains

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