Me Assane Dioma Ndiaye : "Pas surprenant qu’une autorité soit poursuivie pour détournement de deniers publics"

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Au Sénégal, la corruption, ou encore la mal gouvernance ont fini d’atteindre des proportions qui inquiètent les Organisations de défense des droits humains. C’est, en tout cas, le sentiment du patron de l’Organisation nationale des droits de l’homme, Me Assane Dioma Ndiaye. Dans cette interview, il revient sur ces fléaux, non sans tirer la sonnette d’alarme pour le retour à la normalité, seul gage du respect de la démocratie et de la bonne gouvernance. Entretien.

 

As : Quelle analyse faites-vous de la corruption qui sévit aujourd’hui à très grande échelle au Sénégal

?

 

Il faut dire que c’est la relation que nous avons avec la politique, d’une part ; et d’autre part, avec le pouvoir. On a longtemps pensé sous nos tropiques qu’il fallait se servir du pouvoir et non pas le servir. Certains ne se demandaient pas ce qu’ils pouvaient faire pour notre pays, mais plutôt ce que notre pays pouvait faire pour eux. Et la politique a toujours été perçue comme un moyen de réussite sociale, de promotion, si bien que chaque fois qu’ils ont été à une certaine station du pouvoir, ou à une station de gestion des deniers publics, certains ont pensé qu’il fallait d’abord se servir. C’est donc cela qui a entretenu cette ambiance de corruption à tous les niveaux, car on n’a pas une culture de l’intérêt général. Il n’y a pas eu de débats autour de cette notion d’intérêt général. L’autre paramètre, c’est la conviction d’une certaine immunité, qui a été intériorisée à plusieurs niveaux. Et certaines autorités disent que quoi qu’il arrive, rien ne leur adviendra. Et ce, malgré certains agissements ou comportements malsains. Maintenant, si l’on fait la combinaison de tous ces facteurs, on a ce qu’on connaît aujourd’hui ; c’est-à-dire la floraison de la mal gouvernance, la corruption, la concussion, la gestion non-transparente, la sinécure, la prébende. Et voilà pourquoi, aujourd’hui, le Sénégal en est arrivé à ce stade de corruption généralisée.


Pourquoi le Sénégal est souvent épinglé par des rapports d’Organisations internationales pour des actes de corruption et de mal-gouvernance ?

 

En fait, c’est comme si au Sénégal l’on n’avait pas suffisamment perçu les enjeux d’un monde futur, cette mondialisation ou encore cette globalisation. Il y a eu beaucoup de phénomènes qui se sont développés, notamment au niveau régional avec l’Uemoa, mais également au plan international avec le Fmi, la Banque mondiale ou encore avec des projets comme le Mca. Il fallait impérativement à un certain niveau que le Sénégal sache qu’il n’a plus le choix. Ou bien on fait le pari de la transparence et de la bonne gouvernance avec son corollaire, à savoir des sanctions automatiques des cas de corruption et de mal-gouvernance ; ou bien on est lâché par la communauté internationale. Donc, nous en sommes à ce niveau et comme disait Cheikh Hamidou Kane, il n’y a pas deux termes pour un même choix. Aujourd’hui, il n’existe aucune alternative à cette exigence de bonne gouvernance et de lutte effrénée contre la corruption sous toutes ses formes. Avec le Mca, les Américains ont posé des conditions très claires. Soit on donne des gages d’une gestion rigoureuse et transparente, soit ils s’en vont vers d’autres horizons. Je pense que ce qui arrive aujourd’hui découle moins d’une volonté politique intérieure que d’une contrainte imposée par un environnement juridique international fait de traités contraignants.



Que préconisez-vous pour éradiquer les cas de mal gouvernance, de corruption, entre autres fléaux ?



Il faut simplement retourner à la normalité. Cette normalité qui fait que la primauté de l’intérêt général passe avant les intérêts particuliers d’une part, et d’autre part le respect des principes intangibles de la démocratie et de la bonne gouvernance. C‘est-à-dire que nul ne peut s’approprier quelque chose qui appartient à tout le monde. Et si tel était le cas, qu’il y ait des mécanismes de sanction, car la justice et les organes de contrôle sont là pour cela. Il faut qu’il y ait des poursuites judiciaires, en cas de détournement avérés. C’est cela même la normalité. Il ne peut y avoir d’exception ou de dérogation à des principes immuables. Dans tous les pays de démocratie, c’est comme cela que les choses marchent. Aujourd’hui, cela ne doit surprendre personne qu’une autorité puisse être poursuivie pour avoir détourné l’argent du contribuable. Ce n’est pas une chose exceptionnelle, en démocratie. Une fois qu’on aura permis aux institutions de fonctionner de façon normale, dans la légalité et la transparence, il n’y aura plus aucun problème. Et c’est à cela que nous avons toujours appelé au niveau de l’Organisation nationale des droits de l’Homme. C’est simplement la promotion de l’Etat de Droit et de bonne gouvernance, comme d’ailleurs, le stipule la Constitution. Au niveau des Ong, nous avons toujours demandé un retour à l’orthodoxie, à la normalité. Et s’il y a des dysfonctionnements, que les mécanismes régulateurs puissent fonctionner. Je pense que c’est justement ce qui commence à se faire. Il est heureux aujourd’hui que l’environnement international et un concours de facteurs et d’événements puissent amener le Sénégal à adopter ces principes, auxquels on n’aurait jamais dû déroger.



Propos recueillis par Gora Kane


Source : www.lasquotidien.sn

 

Lien source : http://www.lasquotidien.com/spip.php?article4242 

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